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Un alinéa omnipotent pour un usage discrétionnaire

(ou : un article scélérat au service de bureaucrates sans scrupule)

dimanche 27 juillet 2014, par Miette

Urbi et orbi : « [...] la garantie qu’il ou elle peut, à l’intérieur du syndicat, défendre librement son point de vue sur toutes les questions qui intéressent la vie et le développement de l’organisation. » (Charte d’indépendance, Cgt). La fédération La Cgt des services public a détruit nos listes de discussion internes. La garantie (et l’on a vu ce qu’elle vaut) à l’intérieur ne signifie évidemment pas l’interdiction de défendre son point de vue à l’extérieur. Osez bordel !

« Si tu es véritablement sincère, toi qui prétends vouloir sauver la Cgt, dissimule, falsifie et mens au besoin. Mais surtout ne révèle jamais ce que tu penses. »

(Les Provinciales, Pascal, citation apocryphe).

C’est comme ça. « Un syndicat doit plier ». La fédé peut à tout moment prendre le contrôle total d’un syndicat affilié, y placer ses factotum (en changer au besoin), comme elle l’entend, et pour une durée indéterminée (précision : « indéterminée » n’est pas « infinie »).

Concomitamment, elle peut faire main basse sur la caisse d’un syndicat de près de six cents cotisants (tout du moins 600 au moment de la prise de contrôle...), détruire ses archives et ses intruments de travail, de « communication », de propagande, faire changer les clefs du local, et surtout, surtout, nous y voilà... négocier avec le taulier ou tout autre organisation (ennemies d’hier, amies d’aujourd’hui... bah !) la composition des listes aux élections professionnelles du 4 décembre prochain. « Elles vous ont emmerdé ? Ils n’ont pas le sens du compromis ? On va vous arranger ça. Et arranger du même coup nos propres magouilles, consolider (ou tenter de sauver) nos positions dans l’appareil ».

Car si les licenciements d’aujourd’hui n’ont jamais préparé les emplois du futur, les élections de demain, elles, doivent affiner notre fromage (sinon à quoi bon des élections). Les élections, les élections, les élections. Tout en vient. Tout y va.

C’est à la fédération des services publics La Cgt que ça se passe. Une troupe en principe dirigée par le danseur étoile Baptiste Talbot – porté disparu depuis quelques semaines, ce qui ne laisse pas d’inquiéter car l’artiste s’était notoirement illustré dans le grand écart !

Comme on pourra s’en convaincre ci-dessous, l’alinéa qui permet de faire ça est tout simplement une honte, une véritable monstruosité démocratique pour un syndicat réformiste et plus ou moins bourgeois de la CES (désormais la maison-mère de La Cgt, en quelque sorte). Mais il paraît que l’usage en est statutaire. Oh certes, pas un mannequin n’a moufté. La CEF en compte pourtant cinquante. Le processus de sublimation démocratique est parfaitement efficace. Au fond du tamis, il ne reste que les meilleurs, l’aristocratie syndicale impeccablement vassalisée, lâche et veule à souhait (méchante oui mais sans doute pas fute-fute, mais c’est un abus, n’universalisons pas d’après une expérience particulière). Ils se réunissent télépathiquement, sanctionnent en un éclair et jugent sur pièces-montées (ou l’inverse). Super-pouvoirs. Déesses et demi-dieux. La Cgt du plafond !

L’état d’exception permanent, donc. Ça évoquera sans doute quelque chose aux militants. Les autres peuvent continuer de dormir collectivement devant la fenêtre électronique de ce monde délicieusement intolérable, et rêver individuellement au Loto (une douzaine de timbres La Cgt dans le portefeuille, à défaut de constituer un atout talismanique, ça ne peut pas faire de mal, n’est-ce pas ? Un peu comme les sacrements.
Attendez le coup de sifflet du chef de ballet, allez traîner vos savates quelques pas dans la rue, et rentrez sagement à la maison. Ou encore mieux : restez-y. Merci ! (même pas) Au trimestre prochain ! On s’occupe de tout. Comme disent les permanents du second cercle montreuillois : « on y travaille »).

Alors ! Un article en réserve, qui ne serait (légitimement) invocable qu’en cas d’extrème nécessité ? Comme par exemple en cas de prise de contrôle d’un syndicat par des militants d’extrême droite ? Tu parles !

Au Conseil général du Nord, il aura été instrumentalisé par la fédé pour placer à la direction du syndicat (et sans autre forme de procès que l’envoi précipité d’un recommandé) les personnages qui s’étaient coalisés en octobre dernier sur la base d’un refus de soutien à une travailleuse sociale (régulièrement syndiquée boutique) impliquée dans la défense d’un mineur sans papier en butte à une expulsion...

« Écoeurées », les secrétaires générales avaient par la suite démissionné. La coupe était pleine. Cela fera l’objet de plus amples développements en son temps (vraiment, mais alors *vraiment* pas que ça à foutre), mais il faut savoir que l’annonce a provoqué des hurlements de joie (au sens propre) des conjurés. Un individu (un pur, droits de l’Homme et compagnie, le genre de démocrate qui va voter en se pinçant le nez) s’était alors immédiatement auto-désigné secrétaire général intérimaire. (La suite a montré qu’il entend des voix et l’on verra s’il n’hésite pas à leur sacrifier sa personne.) Las ! la CE a osé considérer qu’ils fallait en passer par un vote... qui en a désigné trois autres, en attendant le congrès annoncé en juin depuis des mois !

Là-dessus, le personnage va chialer auprès de son prochain, ci-devant dirigeant syndical départemental de la Cgt, que c’est vraiment pas juste (comme leurs bons maîtres prêchaient naguère, lorsqu’ils fréquentaient les institutions catholiques) si près du but... Putain ! Encore un congrès où je me ferai éconduire... Et hop ! l’autre qui n’attendait que ça saute sur l’occasion. (D’ailleurs ne lui avait-il pas souvent conseillé de « prendre la tête » de ce syndicat ? C’est du moins ce dont le fidèle se vantait superstitieusement, comme si, à force d’évocation, la reconnaissance de ses prédispositions électives lui permettrait par avance de tirer des traites sur le destin, et anciper l’intervention décisive du saint Esprit.) Et pourtant, il y a encore moins d’un an, le même aurait opiné (du bonnet, mais évidemment sans souscrire sur le papier) à peu près à tout ce qui s’écrit ici... Pareils talents ne s’apprennent pas dans l’école sans Dieu.

Ensuite le protocole s’est hélas déroulé selon le scénario que nous avions envisagé et écrit - Fallait vraiment pas être Lénine pour y voir clair...

Voilà. Pour être bien compris de ceux qui n’iront pas plus loin dans l’étude de la pièce à conviction (23 octobre, date limite pour rendre les copies) : les camarades qui ont voté ou seulement laissé passer un tel alinéa ne peuvent être que des loques (ou des taupes lambertistes) ; et ceux qui l’ont conçu et le mettent en oeuvre des... crapules !
Bienvenue à la Cgt qui vient. La Cgt de toutes et tous les amis qui s’unissent dans l’union sur la base de l’union qui unit et croît et croit, dans l’amour du patronat contre lequel La Cgt « n’a pas d’opposition de principe » et, pour le prouver, s’applique à liquider méthodiquement les attardés qui professent encore une opinion (et une pratique) contraire(s).

Les camarades des autres Conseil généraux, spécialement ceux à qui il est donné de cotoyer une phalange encore active du Snptri (Cgt) feraient bien de l’étudier.

Voici l’intégralité de l’article 15 (l’original se trouve planqué ici) intitulé « conflits ». Le diamant se trouve à l’alinéa 3, en pratique(on a testé) destiné à l’annexion de la « vie syndicale » :

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XV - ACTICLE 15

  CONFLITS

  1) En cas de différends entre les diverses organisations syndicales
  composant la Fédération, la Commission Exécutive Fédérale statue en
  premier ressort. Appel de sa décision peut être fait par l’une ou les
  parties en cause au Congrès National ou au Comité National Fédéral.

  2) S’il s’agit de différends individuels ou collectifs découlant
  d’une sanction grave prononcée par un syndicat contre l’un ou
  plusieurs de ses membres, la Commission Exécutive Fédérale est érigée
  en instance d’appel du fait que la procédure disciplinaire prévue aux
  statuts du syndicat a déjà été suivie.

  3) La Commission Exécutive Fédérale peut désigner une commission
  spéciale pour instruire une affaire si elle le juge utile. La
  Commission Exécutive Fédérale peut en particulier sanctionner toute
  organisation fédérée ayant enfreint les différents statuts ou les
  décisions des Congrès et Comités Nationaux.

  En tout état de cause, les sentences rendues par la Commission
  Exécutive Fédérale sont exécutoires dès leur notification aux parties
  en cause. Le Bureau Fédéral est chargé de veiller à leur application.

  Toutefois, les sanctions ne deviennent définitives qu’après avoir été
  ratifiées par le Congrès National ou le Comité National Fédéral.

  En l’attente de cette décision, la Commission Exécutive Fédérale
  pourra prendre toute mesure conservatoire en vue de préserver les
  intérêts généraux de l’organisation, y compris se substituer
  provisoirement à la direction syndicale en cas de carence de celle-ci
  ou de refus d’appliquer les décisions de la Commission Exécutive
  Fédérale.

  4) La Commission Exécutive Fédérale, avant de prendre toute décision
  ou de présenter au Congrès ou au Comité National Fédéral des
  propositions définitives de sanctions, devra obligatoirement avoir
  adressé, à l’organisation ou aux parties concernées, un courrier en
  recommandé avec accusé de réception, exposant clairement les griefs
  reprochés et convoquant la direction de l’organisation ou les parties
  en cause à venir s’expliquer en leur laissant un délai raisonnable
  pour préparer leur défense.

--8<--------------------------------------------------------------------

Maintenant, procurez vous les comptes-rendus ou simplement les relevés de décisions des Commissions exécutives fédérales (souveraines de mon cul). Bon courage.

« Quand tu auras renoncé à y jeter un oeil et de rouler des bouts de merde, petit scarabée, c’est que tu auras compris l’essentiel », dit le maître Zen. Et sur ce, il te colle un grand coup de bâtonsur-ta-gueule-qui-l’a-encore-bien-cherché.

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